Dans la vie d’un projet numérique, le terme « migration » est souvent celui qui donne le plus de sueurs froides aux DSI et aux dirigeants. Qu’il s’agisse de passer d’une infrastructure vieillissante vers le Cloud, de changer de CRM, ou de réaliser une refonte technique complète, la promesse est toujours la même : « après, ce sera mieux ».
Mais entre le « avant » et le « après », il y a la bascule. C’est le moment critique. Celui où l’on risque de perdre des données clients, de casser des historiques comptables ou de subir une interruption de service prolongée.
Chez theTribe, nous considérons que la migration n’est pas une simple opération technique de copier-coller. C’est un projet à part entière qui exige une gestion du risque militaire. Un bon plan de migration ne sert pas à dire que tout va bien se passer, il sert à prévoir tout ce qui pourrait mal se passer pour l’éviter.
Pourquoi un plan de migration est-il critique pour votre business ?
Lancer une migration sans plan, c’est comme déménager une bibliothèque en jetant les livres par la fenêtre en espérant qu’ils atterrissent rangés dans le camion. Les risques sont réels et financiers.
La continuité d’activité et la protection des données
La donnée est l’actif le plus précieux de votre entreprise. Une perte de données lors d’une bascule peut entraîner des contentieux juridiques (RGPD), une perte de confiance client et un arrêt de la facturation. La planification de la migration vise avant tout la protection de cet actif.
Le lien avec la dette technique
Souvent, la migration est déclenchée parce que la situation actuelle n’est plus tenable. Une dette technique excessive, des serveurs obsolètes ou une base de données corrompue forcent le changement. Le plan de migration est l’acte chirurgical qui permet d’extraire votre business d’un système malade vers un système sain.
Les différents types de migration informatique
Avant de définir le plan, il faut comprendre ce que l’on déplace. Toutes les migrations ne se valent pas et n’impliquent pas les mêmes experts.
1. La migration de données (Data Migration)
C’est la plus sensible. Il s’agit de déplacer des informations d’une source A (ex: base SQL, fichiers Excel, CRM legacy) vers une cible B. La complexité réside rarement dans le volume, mais dans la structure. Si la source a des champs « Nom Prénom » dans une seule colonne et que la cible attend deux colonnes distinctes, il faut transformer la donnée.
2. La migration d’infrastructure et Cloud
Ici, on déplace l’hébergement. On passe de serveurs physiques (On-Premise) vers le Cloud (AWS, Azure, GCP), ou d’un hébergeur à un autre. L’enjeu est la configuration réseau, la sécurité et la performance.
3. La migration applicative (Refonte)
C’est souvent un mélange des précédents. Lors d’une refonte d’application, on change le code (le moteur), on modernise l’infrastructure (le garage) et on migre les données (le carburant). C’est le scénario le plus complexe.
4. La migration de services tiers (API & PSP)
Les applications modernes reposent sur des briques externes (SaaS). Changer de prestataire de paiement (ex: passer de Stripe à Adyen) ou d’outil d’e-mailing implique une migration complexe. Le défi majeur est la continuité de service : comment migrer des milliers d’abonnements clients actifs d’un système bancaire à un autre sans leur demander de ressaisir leur carte bleue ? Cela demande une synchronisation parfaite des tokens de paiement.
5. La migration SEO (Conservation du trafic)
C’est l’aspect le plus souvent oublié des projets techniques, pourtant vital pour le business. Lors d’une refonte, l’architecture des pages et les URLs changent souvent. Sans un plan de redirection strict (Redirections 301), Google considérera votre nouveau site comme « nouveau » et vous perdrez tout votre historique de référencement. Une migration technique réussie ne doit pas se solder par une chute de 50% du trafic.
Migration et Conversion : attention à la qualité de la donnée
C’est une nuance technique fondamentale : la différence entre une simple copie et une migration conversion.
Dans 90% des cas, vous ne pourrez pas injecter vos anciennes données telles quelles dans le nouveau système. Pourquoi ? Parce que le nouveau système est plus strict, mieux structuré. Vous allez devoir passer par une étape de « Cleaning » et de « Mapping ».
- Nettoyage (Data Quality) : Supprimer les doublons, corriger les emails mal formatés, archiver les vieux logs inutiles.
- Conversion : Transformer les formats. Par exemple, convertir des dates stockées en texte (« 01/01/2024 ») vers un format Timestamp standard.
Cette étape de migration conversion est souvent sous-estimée. Elle doit être spécifiée précisément dans le cahier des charges technique avant même de commencer à coder.
Les 7 étapes d’un plan de migration réussi
Voici la méthodologie que nous appliquons chez theTribe pour sécuriser les bascules de nos clients.
Étape 1 : Audit et Cartographie de l’existant
Impossible de migrer ce qu’on ne connaît pas. La première étape est toujours un audit technique complet. Il faut lister :
- Toutes les sources de données (Bases de données, fichiers plats de migration, API externes).
- Les volumes (Go, To) pour estimer le temps de transfert.
- Les dépendances (quelles applications discutent avec quelles bases ?).
- L’infrastructure actuelle (ex: vieux serveurs type HPE ou Dell en interne, ou instances Cloud).
Étape 2 : Définir la stratégie de bascule (Big Bang vs Run-in-Parallel)
C’est une décision stratégique :
- Le Big Bang : On arrête l’ancien système le vendredi soir, on migre tout le week-end, on ouvre le nouveau le lundi matin. Risqué mais moins coûteux.
- Le Progressif (Run-in-Parallel) : Les deux systèmes cohabitent pendant des semaines. On migre les utilisateurs par lots. Plus sécurisé, mais techniquement très complexe (il faut synchroniser les données dans les deux sens).
Étape 3 : Le Mapping et les règles de gestion
C’est ici qu’on définit la correspondance entre les champs. « Le champ `cust_id` de l’ancien système devient `user_uuid` dans le nouveau ». Chaque règle de transformation doit être documentée. Si des données sont orphelines (ex: une commande sans client rattaché), que fait-on ? On supprime ? On rattache à un compte « Inconnu » ? Ces décisions sont Business, pas juste Tech.
Étape 4 : Le développement des scripts de migration
Nous développons des scripts automatisés pour réaliser la migration. Pourquoi des scripts ? Pour la répétabilité. Une migration n’est jamais faite à la main. Le script doit pouvoir être lancé 10 fois, 100 fois, et donner toujours le même résultat.
Étape 5 : Le « Dry Run » (La Répétition Générale)
C’est l’étape la plus importante chez theTribe. Nous réalisons une migration « à blanc » sur un environnement de pré-production (Iso-Prod).
Cela permet de :
- Chronométrer le temps réel de la migration (pour annoncer la durée de coupure aux utilisateurs).
- Vérifier l’intégrité des données migrées importées.
- Tester l’application avec les vraies données (souvent, des bugs n’apparaissent qu’avec les données réelles et pas avec des données de test).
Tant que le Dry Run n’est pas parfait, on ne migre pas la Production.
Étape 6 : La Bascule (Go Live)
C’est le jour J. Si les étapes précédentes ont été respectées, ce n’est qu’une formalité (stressante, certes). On coupe l’accès aux utilisateurs (Maintenance), on lance les scripts, on vérifie les logs. Une fois terminé, on réalise une « Recette de VAB » (Vérification d’Aptitude au Bon fonctionnement) avant de rouvrir le service.
Étape 7 : Post-Migration et MCO
Une fois la migration terminée, le travail continue. Il faut surveiller les logs d’erreurs, la charge serveur et les retours utilisateurs. C’est ici que l’équipe de Tierce Maintenance Applicative (TMA) prend le relais pour assurer le Maintien en Condition Opérationnelle (MCO) du nouveau système.
Infrastructure : de la salle serveur au Cloud
Dans le cadre d’une migration cloud, le plan doit inclure des spécificités liées à l’infrastructure.
Passer d’une infrastructure physique (Legacy) à du Cloud managé (AWS, Azure) demande une adaptation des applications. On ne se contente pas de « Lift and Shift » (déplacer tel quel). Il faut souvent conteneuriser l’application (Docker) et revoir la gestion des fichiers et des sessions. C’est l’occasion de quitter des modèles propriétaires rigides (comme certaines vieilles migration hpe ou architectures monolithiques) pour gagner en scalabilité.
Sécurité : Le Plan de Réversibilité comme parachute
Un bon chef de projet est pessimiste. Et si la migration échouait au milieu de la nuit ? Et si, le lundi matin, un bug critique empêchait les ventes ?
Votre plan de migration doit obligatoirement inclure une procédure de « Rollback » (Retour arrière). Vous devez être capable de rallumer l’ancien système en moins d’une heure avec les données intactes. C’est une composante essentielle du plan de réversibilité que nous mettons en place pour garantir votre indépendance et votre sécurité.
FAQ : Vos questions fréquentes sur la migration informatique
Qu’est-ce que la migration dans le secteur informatique ?
La migration informatique désigne le processus de transfert de données, de logiciels ou d’infrastructures d’un environnement vers un autre. Il peut s’agir de changer de serveur (migration d’infrastructure), de passer sur le Cloud, ou de remplacer un logiciel obsolète par une solution moderne (migration applicative). L’enjeu principal n’est pas le transfert en soi, mais la protection des données et la continuité de service.
Quelles sont les étapes d’une migration informatique réussie ?
Pour sécuriser une bascule, il est essentiel de suivre un plan de migration structuré. Chez theTribe, nous appliquons 7 étapes clés :
- Audit : Cartographie des sources et des volumes.
- Stratégie : Choix entre Big Bang ou Progressif.
- Mapping : Définition des règles de conversion des données.
- Scripting : Automatisation des transferts.
- Dry Run : Répétition générale « à blanc ».
- Go Live : La bascule officielle.
- MCO : Surveillance post-migration par la TMA.
Quelles sont les stratégies de migration vers le Cloud (Les 7 R) ?
Selon le standard AWS/Gartner, il existe 7 façons de migrer une application vers le Cloud :
- Rehost (Lift & Shift) : On déplace l’application telle quelle sans modifier le code.
- Replatform : On optimise légèrement l’infrastructure (ex: passage à une base de données managée).
- Refactor : On réécrit le code pour le rendre Cloud Native (C’est souvent le cas lors d’une refonte technique).
- Repurchase : On remplace un logiciel maison par un SaaS du marché.
- Relocate : Déplacement vers une autre zone cloud.
- Retain : On ne migre pas, on garde l’existant (souvent pour le legacy très complexe).
- Retire : On supprime les applications devenues inutiles.
Conclusion : La migration est une opportunité de nettoyage
Ne voyez pas la migration de données uniquement comme une contrainte technique risquée. C’est une opportunité unique de faire le ménage, de repenser votre modèle de données et de repartir sur des bases saines pour les 10 prochaines années.
Cependant, l’improvisation n’a pas sa place ici. La réussite réside dans la préparation (80% du temps) et l’exécution automatisée (20% du temps).
Vous préparez une refonte complexe impliquant une reprise de données historiques ? Vous ne savez pas par où commencer votre planification ?
Ne prenez pas de risques avec votre patrimoine numérique.
Découvrez comment nous intégrons la stratégie de migration au cœur de notre offre de refonte.

