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Retour d’expérience : Johanna Gomel, fondatrice de La Kidzerie, raconte le Design Sprint

Temps de lecture : 7 minutes

Un matin de mai, Johanna Gomel, fondatrice de La Kidzerie, se balade sur le site du mouvement Impact France, un réseau d’entrepreneurs à impact positif dont elle est adhérente.  Elle découvre un message de l’équipe theTribe, qui propose de réaliser un Design Sprint gratuit pour les entrepreneurs à impact. 

“Whaaaat ! Mais c’est exactement ce qu’il me faut pour challenger mon projet !”, se dit-elle alors. 

Ni une ni deux : elle envoie immédiatement à l’équipe un email pour postuler. Elle se dit qu’elle n’a que peu de chance d’être sélectionnée… et pourtant, elle reçoit tout de suite une réponse positive. 

Démarre alors une belle aventure pour elle et pour nous, qui aboutira, en une semaine, sur un projet de refonte de son produit. Dans cette interview, elle nous a confié son retour d’expérience et les bénéfices du Design Sprint pour son entreprise, et pour sa vision d’entrepreneure.

Salut Johanna ! Est-ce que tu peux te présenter, et présenter La Kidzerie ?

J’ai passé toute ma carrière dans le droit fiscal, avec au fond de moi, une envie d’entreprendre inassouvie. Lorsque mon fils est né, j’ai cherché du matériel de puériculture d’occasion, car je cherchais à m’équiper en accord avec mes valeurs. Et là, j’ai réalisé qu’il était très difficile de savoir quoi acheter, et où trouver du matériel de qualité. 

C’est comme ça que j’ai eu l’idée de créer La Kidzerie, une marketplace dédiée à l’équipement de puériculture de seconde main ou de second choix. On y trouve des particuliers qui vendent des articles de qualité, en bon état et à des prix compétitifs, mais aussi des marques qui écoulent du matériel légèrement “cabossé” mais parfaitement utilisable (petits défauts, emballage endommagé…). 

Comment s’est passé le lancement du site ?

J’ai monté le projet il y a 18 mois. J’ai eu pas mal de déboires sur le lancement du site, j’ai perdu du temps. J’étais complètement novice dans la gestion de projet web, et je me suis posée les mêmes questions que tous les entrepreneurs : Par où commencer ? Qui contacter ? Comment trouver un développeur qui puisse développer une version bêta de mon site, pour pas trop cher ? 

La seule solution que j’ai trouvée, c’est de faire appel à des développeurs en Inde. Sauf que je ne m’étais pas préparée à ce que ce soit si compliqué. J’avais pourtant imaginé une maquette détaillée, mais la communication n’était pas simple, il fallait tout expliquer, tout préciser. J’ai perdu du temps et de l’argent, car j’ai fini par abandonner et repartir de zéro, en optant pour un CMS en SaaS. 

Finalement, le site a été mis en ligne en décembre 2020. Il ne comprend pas toutes les fonctionnalités que j’avais imaginées, il n’y a pas d’application mobile… Mais au moins, ça tourne !

Pourquoi as-tu été séduite par le Design Sprint ?

Quand je suis tombée sur l’appel de theTribe, qui proposait de mener un Design Sprint gratuitement en une semaine pour une entreprise à impact, je ne connaissais pas du tout cette méthode. Mais j’ai vite compris que c’était exactement ce dont j’avais besoin pour La Kidzerie ! 

J’étais alors en pleine réflexion sur la bonne manière de faire décoller mon site : faire plus de marketing ? Développer de nouvelles fonctionnalités ? 

J’avais un vrai besoin de prise de recul, de faire intervenir un œil neuf sur le projet, pour retrouver une vision objective.

“Me voici donc embarquée dans l’aventure, sans savoir vraiment en quoi consistait le Design Sprint, mais en sachant qu’il aboutirait sur une belle maquette du produit final qu’on aurait travaillé à bâtir. Tout ça en 1 semaine top chrono.”

Raconte-nous tout : par quoi avez-vous commencé ?

Le premier jour, c’était un vendredi. On a organisé un focus group, pour rassembler des personnes cibles, comprendre leur façon de consommer les produits de puériculture, et les faire réagir de façon complètement ouverte autour de leurs problématiques. Il faut que les participants ne connaissent pas le projet, donc theTribe m’a aidée à constituer un groupe de 5 personnes.

Le focus group, comment ça fonctionne concrètement ? Qu’est-ce que ça t’a appris ?

C’était terriblement frustrant, mais je ne devais pas y assister, pour ne pas influencer les participants ! 

Du coup, Bastien, le designer de theTribe a mené l’atelier en toute autonomie. Il a animé les discussions, posé des questions assez générales. L’idée, c’est vraiment de repartir des bases : à quels besoins on répond ? Quels sont les problèmes des clients ? 

Quand Bastien m’a présenté la restitution de l’atelier, ça m’a permis de me replonger au cœur du sujet. Il faut savoir que quand on est entrepreneur, on est dans l’opérationnel, le nez dans le guidon, et on a vite tendance à s’éloigner des fondamentaux. 

Par exemple, j’avais en tête qu’il fallait faciliter l’achat d’occasion pour les particuliers. Alors qu’en fait, il faut se poser davantage en amont, sans partir du principe que les clients cherchent de l’occasion. La vraie question, c’est : quels problèmes rencontrent les personnes qui ont besoin de s’équiper en puériculture ? Rien que ce pas de côté permet de voir les choses sous un angle nouveau.

Après cette restitution, on a tout de suite enchaîné sur le Design Sprint en lui-même qui a duré 4 jours.

Alors ce Design Sprint, comment ça se déroule ?

Avec Bastien, on a d’abord passé 2 jours pleins à réfléchir : comment trouver une solution pour répondre aux problèmes des consommateurs ? 

On a été rejoints ponctuellement par des membres de mon équipe et de theTribe. Mais moi j’ai participé à plein temps, je me suis complètement immergée dans la démarche. L’avantage, c’est qu’on se laisse porter par la méthode, c’est très rassurant.

Le premier jour, on a commencé par travailler sur les personas, leurs problématiques, avec pour objectif d’aboutir à une proposition de valeur et surtout, de choisir LA problématique à laquelle on voulait répondre. Chacun a ensuite travaillé seul à lister toutes sortes de solutions possibles, sans se brider. Tout ça s’est passé à distance, sur l’outil Miro. Le processus d’idéation, ça a été très intéressant pour moi : c’est impressionnant de voir la façon dont notre cerveau réagit face à une arrivée massive d’informations, et la façon dont il organise les idées.

Le deuxième jour, on a commencé à reprendre toutes les solutions imaginées, à tête reposée. Chacun a donc repris ses idées, lues celles des autres, et ensuite, on en discute jusqu’à ce qu’une idée sorte du lot. L’objectif est de ne garder que la solution la plus impactante, la plus différenciante, et intéressante à développer. Ensuite chacun travaille sur cette solution, essaye de raconter une histoire autour, de travailler sur des storyboards, et à la fin de la deuxième journée, on met tout ça en commun.

“Pour moi qui suis seule à la tête de ma boîte, c’était génial de voir à quel point le processus de création se met en mouvement plus vite à plusieurs. Quand on est tout seul, on tourne rapidement en rond !”

Est-ce que tu as rencontré des moments de doute, des blocages ?

À la fin de la première journée, j’ai ressenti une frustration. J’avais le sentiment qu’on n’avait pas creusé assez, que l’on n’avait pas réussi à ressortir une idée forte et nouvelle. Bastien m’avait prévenue que ça se passe souvent ainsi ! Il faut vraiment faire confiance à la méthode. Finalement, ce sentiment s’est vite dissipé.

Quel a été le résultat de ces deux premières journées de Design Sprint ?

On avait listé beaucoup de fonctionnalités, beaucoup d’idées, un nouveau marché à adresser… Finalement, on a décidé de se concentrer sur la refonte de la fiche annonce, c’est-à-dire la page qui présente les produits. On avait, à la fin des 2 premiers jours, de nombreux éléments à modifier sur cette fiche annonce. On a donc pu enchaîner sur le prototype le troisième jour : Bastien a travaillé de son côté sur des maquettes qui intègrent un maximum d’améliorations à cette fiche produit. À la fin de la 3ème journée, Bastien m’a présenté le résultat de son travail.

Avez-vous recueilli des feedbacks sur le prototype ?

Bien sûr ! Le quatrième jour, on a rassemblé à nouveau des clients cibles pour les faire réagir sur les maquettes. On a récupéré plein de commentaires, des choses positives, d’autres à améliorer. Mais globalement, c’était positif, ça a confirmé qu’on allait dans le bon sens ! 

Ensuite, pour terminer le Design Sprint, on s’est retrouvés tous ensemble pour une synthèse et une restitution finale, et on a listé les prochaines étapes.

Quel bilan tires-tu de cette expérience de Design Sprint ?

On a conclu la semaine en listant les points forts du projet, les pistes à creuser. Je suis sortie de cette expérience avec une plus grande visibilité sur les prochaines étapes à mener pour faire aboutir mon projet, en adéquation avec les besoins de mes utilisateurs. 

Ça m’a vraiment permis de me poser et de faire un gros point d’étape : où est-ce que j’en suis, qu’est-ce que je dois faire ? Et ça m’a vraiment aidé à valider la direction dans laquelle il faut aller. Ça a amené des questionnements profonds chez moi : la prochaine étape, c’est peut-être de pivoter, de faire évoluer le projet, à commencer à retravailler par mon business plan.

“Bien sûr, c’est perturbant de se remettre en question. Mais pour un entrepreneur, c’est nécessaire, et même salvateur. J’aurais pu rester dans le faux très longtemps sans cette expérience.”

Concrètement, le fait de se poser les bonnes questions m’a aussi aidée à retravailler mon pitch. Ça m’a beaucoup aidée pour préparer ma présentation devant Réseau Entreprendre

Tu penses donc que le Design Sprint est un outil pertinent pour un entrepreneur comme toi ?

Oui, évidemment, et il faut le faire le plus tôt possible ! Je crois que j’aurais gagné beaucoup de temps et d’argent si j’avais été accompagnée dès le début de cette manière. 

Se faire accompagner, ça permet de partir tout de suite dans la bonne direction. 

Quand on se lance et qu’on n’est pas du milieu, on ne sait pas à qui s’adresser. Il faut qu’un maximum d’entrepreneurs découvrent le Design Sprint, car c’est par ça qu’il faut commencer : avant de commencer à rencontrer des développeurs, avant de faire un cahier des charges et de faire chiffrer son projet.

Bien sûr, quand on n’a pas la chance comme moi de le faire en “pro bono”, ça représente un investissement. Mais au bout du compte, on est gagnant.

Un dernier mot pour la route, Johanna ?

Je tiens vraiment à remercier l’équipe de theTribe, à commencer par Bastien, pour son professionnalisme, sa bienveillance, son implication. Rien à voir avec des consultants qui vous font de jolis slides et vous laissent vous débrouiller avec. On sentait que Bastien avait envie que ça marche : pendant une semaine, il faisait partie de mon équipe !

Merci aussi à Johanna de m’avoir permis de bénéficier du programme, merci à Fleur, Hortense, Emma, Lydie et Phil pour leur temps consacré à mon projet.

Le mot du designer

“Le Design Sprint, c’est un format très efficace pour obtenir des résultats rapidement, avec des solutions actionnables qui font consensus. C’est important de respecter certaines contraintes autant que possible : 5 jours consécutifs avec un groupe stable, c’est l’idéal. Il faut faire intervenir des profils divers, pour aboutir à des idées réalistes de tous les points de vue (business, produit, technique). J’ai beaucoup challengé Johanna, on a tout remis à plat : elle est sortie de l’expérience avec encore beaucoup de questions, mais c’était nécessaire ! De mon côté, j’ai beaucoup apprécié ce projet. Il y a une dimension environnementale qui me touche, et je me suis approprié la Kidzerie le temps d’une semaine.”

Florian Compain
Chief Marketing Officer @theTribe

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