Deux storm troopers cachés derrière un rocher
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Éco-conception et UX : même combat !

Publié le : 31 août 2022
Temps de lecture : 8 minutes

Et si le premier levier pour créer des produits numériques plus écologiques, c’était de travailler sur l’expérience utilisateur ?

Chez theTribe, on est convaincu qu’un produit éco-conçu est également un produit qui a plus d’impact sur ses utilisateurs et utilisatrices : il répond à un vrai besoin, il va à l’essentiel, il trouve facilement son marché et place l’usager.e au centre. 

Vous n’êtes pas convaincu ? Benoît Latinier, Architecte Développeur chez theTribe vous explique tout ça 😊


Sommaire :


L’éco-conception, ce n’est pas qu’un sujet technique ⚙️

Pendant des années, on a conçu des sites internet et des applications sans se soucier de leur impact écologique. Et puis est arrivé le mouvement Green IT, qui a commencé à questionner le rôle du développement informatique dans la réduction de la pollution numérique. 

Aujourd’hui, on parle de plus en plus d’éco-conception web, c’est-à-dire des méthodes et outils permettant de créer des sites web moins gourmands en ressources et plus sobres.

Mais on aurait tort de voir l’éco-conception comme juste une contrainte de plus pesant sur les développeurs et développeuses.

Bien sûr, il existe des leviers purement techniques permettant d’améliorer l’empreinte environnementale d’un site ou d’une application. De la compression des images au choix de l’hébergeur, en passant par le caching ou l’optimisation du code. D’ailleurs, j’en parlais déjà dans cet article sur l’éco-conception des projets tech.

Mais ce que j’ai constaté en me formant sur le sujet pendant des années, et en mettant en pratique l’éco-conception dans les projets menés chez theTribe, c’est que quand un produit arrive en développement, 80% du travail d’éco-conception est déjà fait : les 20% restant, ce n’est que de l’optimisation.

Celles et ceux qui ont le plus d’impact, ce sont les personnes qui travaillent en amont : designers, product owners, product managers. Et bien entendu, les clients à l’origine d’une idée d’application ou de site web.

Parce que le principe central de l’éco-conception, c’est le principe de sobriété. Un produit éco-conçu, c’est un produit sobre, et donc efficace, simple à utiliser, qui ne contient que des fonctionnalités utiles pour ses utilisateurices. 

Pour se lancer dans une démarche d’éco-conception, rien de mieux que d’appliquer des principes bien connus des UX designers : partir des besoins fonctionnels, tester, itérer, et se poser sans cesse la question : est-ce qu’on a vraiment besoin de cette fonctionnalité ?

Se concentrer sur l’objectif : quel problème je veux résoudre ? 🎯

Comme l’explique Nicolas, Lead Product Manager chez theTribe, quand il présente la méthode de l’artichaut, les projets qui échouent sont souvent ceux qui, au démarrage, ont sauté des étapes. Les porteurs et porteuses de projet ont suivi une idée fixe, un produit idéal qu’ils avaient en tête, et ont foncé tête baissée sans se poser la question du “Pourquoi”.

Cela donne bien souvent des produits qui ne répondent pas vraiment aux besoins des utilisateurs et utilisatrices, alourdis de fonctionnalités et de gadgets inutiles. Des produits pas vraiment sobres, donc.

La première étape pour éco-concevoir un logiciel, une application ou un simple site web, c’est de commencer par ce fameux “Pourquoi” : quel problème mon produit ou mon site va-t-il résoudre ? A quel besoin répond-il ? Quel est l’objectif poursuivi par la cible?

Et à chaque étape, à chaque nouvelle fonctionnalité, chaque nouvelle page, on va se reposer toujours la même question : est-ce qu’on en a vraiment besoin ? Est-ce que l’on peut faire autrement ?

Pour concevoir des produits qui vont droit au but, il faut donc utiliser la boîte à outils de l’UX designer : interviewer ses cibles, créer des proto-personas pour mieux connaître ses utilisateurs et utilisatrices, trouver les chemins les plus simples grâce au story mapping… 

Comme vous pouvez le voir, on est bien loin du code à cette étape. Et pourtant, en adoptant une démarche centrée sur les objectifs et les bénéfices d’un produit, on va gagner sur plusieurs tableaux :

  • on évite de dépenser de l’argent pour développer des fonctionnalités qui ne seront pas utilisées ;
  • on conçoit un produit plus sobre, et dont l’empreinte environnementale sera donc plus faible ;
  • on a, in fine, un produit en phase avec les besoins métier.

Tester, apprendre, améliorer, et ne garder que l’essentiel 🔬

Autre principe clé dans le design d’expériences utilisateurs et qui participe à la démarche d’éco-conception : la démarche Test & Learn.

Popularisée par diverses approches (agilité, lean startup…), cette démarche consiste à tester très vite ses intuitions, en les confrontant aux utilisateurices.

Au lieu d’attendre d’avoir un produit fini, on va mettre rapidement notre idée en face des utilisateurs et utilisatrices, pour obtenir des feedbacks, et corriger le tir le cas échéant.

Ce faisant, on ne va garder que les idées et fonctionnalités qui ont vraiment de l’impact, et on va jeter tout le reste, le superflu.

Outre ses multiples avantages (time to market accéléré, clients satisfaits, coûts maîtrisés), cette approche permet d’éviter un écueil que l’on voit très souvent : des produits alourdis par de trop nombreuses fonctionnalités qui sont peu ou mal utilisées. 

Avec à la clé, des problèmes de stabilité sur le long terme, des performances dégradées, des utilisateurs et utilisatrices qui peinent à utiliser le produit, et en conséquence… un impact environnemental alourdi.

Simplicité, rapidité, efficacité : la base de l’éco-conception 🍃

En adoptant ces deux approches (se concentrer sur les objectifs, tester et itérer), on se retrouve normalement, au bout du compte, avec un produit simple à utiliser, efficace et rapide. C’est tout l’enjeu de l’éco-conception : retrouver la simplicité des outils de base, comme une feuille de papier et un crayon.

Car notre objectif, quand on crée un produit numérique, est le même que lorsqu’un.e designer conçoit un objet matériel : l’utilisateurice doit tout de suite comprendre comment l’utiliser, et ne doit pas passer trop de temps à l’utiliser. Le produit ou le site web doit juste atteindre son objectif. Et c’est la clé d’une expérience réussie.

Ainsi, quand vous concevez un site ou une application, vous devez faire en sorte que les usager.e.s passent le moins de temps possible à utiliser votre produit : ils doivent pouvoir atteindre facilement leur objectif, pour pouvoir passer à autre chose.

Prenons l’exemple d’une application mobile : plus on passe de temps sur une application, plus elle utilise la batterie de son téléphone. De ce point de vue, les applications les moins sobres écologiquement sont bien entendu les réseaux sociaux, qui sont conçus “by design” pour capter l’attention des utilisateurices, et faire en sorte qu’ils passent le plus de temps possible sur les plateformes.

Si on prend l’exemple d’un outil professionnel, comme un CRM, il est évident que leurs utilisateurs et utilisatrices vont y passer un certain temps. D’ailleurs, l’objectif de l’éditeur de logiciel est de maximiser le taux d’utilisation de sa plateforme, pour que les clients ne puissent plus s’en passer, et restent clients longtemps. 

Mais ça n’est pas forcément incompatible avec une démarche d’éco-conception ! Ces outils sont avant tout là pour faciliter la vie des utilisateurices, pas pour la compliquer. Un logiciel CRM clair, efficace, où chaque action peut être effectuée en un clic, c’est un logiciel plus sobre, mais aussi plus satisfaisant.

UX design et éco-conception : les pièges à éviter ⚠️

Si vous avez lu jusqu’ici, j’espère que vous avez compris en quoi éco-conception et design sont fortement liés, et pourquoi un produit éco-conçu offre généralement une meilleure expérience.

Alors, l’UX design est le meilleur allié de l’éco-conception ?

Oui, mais pas toujours ! Parfois, les designers et product managers peuvent tomber dans certains pièges qui vont à l’encontre d’une démarche d’éco-conception.

👉 Piège numéro 1 : l’effet Waouh

Parfois, les designers de sites ou d’applications cherchent à atteindre un “effet Waouh” chez leurs utilisateurices, et pour cela, surchargent leurs designs avec des animations, des effets d’interactivité, des vidéos HD ou des images en qualité 4K. Des artifices qui sont certes “jolis”, mais n’apportent pas toujours de bénéfices aux usager.e.s. Et qui alourdissent l’empreinte environnementale du produit :

  • plus d’allers-retours entre le client et le serveur
  • utilisation plus importante des ressources du terminal
  • utilisation d’une plus grande bande passante
  • nécessiter d’installer des composants externes gourmands

Bien entendu, le design d’un site ou d’une application est un sujet important pour l’image de marque, et il ne s’agit pas de revenir aux gros boutons gris et aux sites web en HTML pur. 

Mais posons-nous toujours la question essentielle : est-ce que l’on a vraiment besoin de cette animation ? Est-ce que l’on peut faire autrement ?

👉 Piège numéro 2 : Enjeux business et dark patterns

Parfois, le modèle économique d’une application ou d’un site va à l’encontre de l’impératif de sobriété.

On l’a vu avec les réseaux sociaux, certaines applications ont pour objectif principal de faire revenir les utilisateurices le plus souvent possible, et de les garder connectés le plus longtemps possible. C’est également le cas de certains jeux vidéo. Ces applications utilisent toute une batterie de méthodes et techniques venues de la psychologie et de la recherche UX pour atteindre leurs objectifs : notifications abusives, messages alléchants, culpabilisation…

Dans une logique d’éco-conception, il est impératif d’adopter une démarche de design éthique, en respectant l’attention des utilisateurs et utilisatrices.

Dans le domaine du e-commerce, le problème est peut-être encore plus flagrant : normalement, le but d’un site e-commerce est de nous vendre le plus de produits possible, le plus souvent possible ! 

Pourtant, il est possible de concevoir un site e-commerce dans une démarche de sobriété. Cela passe en partie par le design (pas d’incitation à l’achat impulsif, pas de popup intrusive, pas d’upsell forcé, des formulaires de collecte de données respectueux du consentement…) ; mais cela passe nécessairement aussi par une réflexion sur le business model (par exemple en supprimant les soldes et autres offres promotionnelles).

L’éco-conception n’est pas l’ennemi du business : au contraire, un produit éco-conçu a plus de chance de perdurer puisque, comme on l’a vu, il vise avant tout la satisfaction d’un besoin. Mais dans une démarche de sobriété, il faut parfois revoir ses méthodes et faire un pas de côté. Il faut parler à son équipe marketing, communication, commerciale, et trouver le bon curseur entre enjeux business et sobriété.

👉 Piège numéro 3 : trop de data tue la data

Le 3ème piège, c’est de collecter trop de données, dont on ne fera rien.

Car on l’a dit, pour concevoir un produit utile, il faut tester, itérer, savoir ce que veulent réellement les utilisateurices. Et pour cela, on a besoin de collecter des données : comment les utilisateurs et utilisatrices utilisent le produit ? Quels boutons sont cliqués ? Quelles fonctionnalités sont utilisées, comment, pourquoi ?
On en parle d’ailleurs dans notre série d’articles sur la data.

Seulement, voilà : on a parfois tendance à collecter trop de données, ce qui va à l’encontre du principe de sobriété. De plus, certains outils analytics alourdissent votre produit : pour les utiliser, vous devez intégrer à votre site ou application des scripts JS externes qui grèvent les performances et tirent sur les ressources du terminal.

Pour éviter ce phénomène, on doit donc revenir à l’essentiel : définir son objectif et ne collecter que les données dont on a besoin.

De plus, on pourra choisir de se tourner vers des outils de collecte de données plus légers, attentifs à la protection des données, moins riches en fonctionnalités mais qui vont à l’essentiel. Par exemple, des produits comme Fathom, Plausible ou encore Matomo sont des alternatives à Google Analytics plus légères et respectueuses des données personnelles.

L’éco-conception, c’est l’affaire de toute l’équipe 🌍

On l’a vu, l’essentiel de la démarche d’éco-conception se passe avant l’étape de développement. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut exclure l’équipe de développement de cette démarche. En effet, la conception des fonctionnalités n’est pas que l’affaire des UX designers et des product managers : c’est l’affaire de tous !

Pour créer des produits utiles et efficaces, il faut mettre tout le monde autour de la table : utilisateurices, équipe commerciale, développeurs et développeuses, marketing, designers. Cela permet de récolter un maximum d’avis, et d’aligner toute l’équipe sur les mêmes objectifs et les mêmes enjeux. De ce point de vue, la création d’impact teams, qui réunissent des membres de plusieurs équipes au service d’un objectif commun, c’est une bonne chose pour minimiser l’impact environnemental des produits numériques.

De plus, il me semble essentiel d’impliquer les développeurs et développeuses dans la conception, de les faire parler avec les utilisateurices : ça leur permet d’être plus efficace, et surtout, cela redonne du sens à leur métier.


Pour aller plus loin sur le sujet : La charte d’éco-conception theTribe

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Benoît Latinier
Architect Developer @theTribe